Vernissage le
vendredi
25 septembre 2026 dès
18h00
C’est un ressenti collectif, omniprésent, dont l’actualité renouvelle tous les jours la portée : nous assistons à la fin d’un règne, et, en pointillés, à la naissance fragile d’une nouvelle ère où tout est à imaginer.
En assemblant de nouveaux travaux à des images de ses archives, Stéphanie Gygax explore cet entre-deux transitoire. Un jeu de combinaisons anachroniques met en résonance le monde minéral avec celui des objets industriels et de la société du spectacle. Plusieurs énergies sont à l’œuvre – empires en déclin, forces des processus géologiques et êtres vivants engagés dans un dialogue à différents niveaux.
Les Monster Trucks des shows américains, avec leur force brutale et destructrice, se meuvent en apesanteur dans un ballet ralenti jusqu’à l’épuisement. Leurs roues se retrouvent fossilisées pour former des colonnes, dont la surface est partiellement recouverte de micro-pneus, comme des bernacles fixées à une épave sous-marine.
Ailleurs, on trouve des coquillages blanchis au soleil. Ce sont les restes de bivalves invasives mélangées à d’autres espèces de mollusques de nos lacs. On devine toute la vie qui y a pulsé en observant de près ce tapis de matière organique. Qui sait, il libérera peut-être à nouveau son énergie après quelques millions d’années de sédimentation et de pressions géologiques.
Quelques créatures peuplent encore l’exposition, à l’image de cette ophiure qui ondule dans le courant comme une danseuse étoile frêle mais déterminée. Ses bras souples la rapprochent délicatement d’une échelle de secours fabriquée avec de la corde de jute et des tubes néon, ceux-là mêmes que Stéphanie Gygax avait déjà utilisés dans une précédente exposition à standard/deluxe en 2009. Continuité dans la rupture, les échelons fluorescents ouvrent une voie d’accès possible à de nouveaux horizons.
Standard/Deluxe présente une exposition inédite consacrée à Eliot Bessot (2000, Bienne). Conçue
spécifiquement pour le lieu, SUPERGIGAMEGAULTRABODY réunit un ensemble d’œuvres nouvelles,
produites pour l’occasion, ainsi que des pièces phares réalisées cette année.
Le travail d’Eliot Bessot se situe à la croisée de la fiction et de la réalité. Mêlant vidéo, technologie, sculpture
et dessin, associant éléments physiques et environnements numériques, l’artiste construit des situations tour
à tour absurdes, drôles, critiques ou graves, où la frontière entre le réel et le virtuel cesse d’être lisible.
SUPERGIGAMEGAULTRABODY se déploie comme une recherche ouverte sur le rapport entre intelligence
artificielle et corps humains. C’est notamment l’objet de l’installation vidéo BODYGPT (16 min, vidéo et
sculpture), qui thématise l’arrivée des robots humanoïdes, les structures de pouvoir des entreprises
technologiques, les questions d’identité et de communication médiatique, la perte de contrôle, et la place
de l’humain dans un monde où les intelligences artificielles commencent — littéralement — à prendre corps.
Cette recherche prend également forme à travers l’installation BZZRKRK, ensemble de huit sculptures
anthropomorphes réalisées à partir de mousse expansive et de combinaisons vertes chroma key, des
costumes issus de l’industrie du cinéma conçus pour disparaître en postproduction. Ici, ces figures vouées
à l’invisibilité occupent l’espace. La mousse envahit les combinaisons et en détermine les formes sans
contrôle direct de l’artiste : les volumes surgissent au hasard, organiquement, guidés par le seul processus
d’expansion et de séchage de la matière à l’intérieur des costumes. Ce protocole interroge les mécanismes
de décision des algorithmes d’intelligence artificielle — boîtes noires imprévisibles, indéchiffrables et
incontrôlables pour l’humain.
En abordant conjointement le corps et l’intelligence artificielle, Eliot Bessot s’inscrit dans une longue
généalogie, qui va du Golem de Prague (légende du XVIe siècle) aux robots ouvriers de R.U.R. (1920)
de Karel Čapek (1890–1938), jusqu’aux réflexions de Donna Haraway (1944) sur l’identité et l’hybridation
(Manifeste cyborg, 1985) et aux débats actuels autour du transhumanisme. SUPERGIGAMEGAULTRABODY
en propose un nouveau chapitre, à la fois ludique et inquiet, où l’artificiel n’est plus une image du corps
mais une forme superlative qui se développe organiquement, sortant des écrans pixelisés pour investir le
monde physique.
Horaires
Ouverture lors des expos:
samedi & dimanche
de 13h à 17h ou sur rendez-vous: