Stéphanie Gygax
Danse dans les débris
C’est un ressenti collectif, omniprésent, dont l’actualité renouvelle tous les jours la portée : nous assistons à la fin d’un règne, et, en pointillés, à la naissance fragile d’une nouvelle ère où tout est à imaginer.
En assemblant de nouveaux travaux à des images de ses archives, Stéphanie Gygax explore cet entre-deux transitoire. Un jeu de combinaisons anachroniques met en résonance le monde minéral avec celui des objets industriels et de la société du spectacle. Plusieurs énergies sont à l’œuvre – empires en déclin, forces des processus géologiques et êtres vivants engagés dans un dialogue à différents niveaux.
Les Monster Trucks des shows américains, avec leur force brutale et destructrice, se meuvent en apesanteur dans un ballet ralenti jusqu’à l’épuisement. Leurs roues se retrouvent fossilisées pour former des colonnes, dont la surface est partiellement recouverte de micro-pneus, comme des bernacles fixées à une épave sous-marine.
Ailleurs, on trouve des coquillages blanchis au soleil. Ce sont les restes de bivalves invasives mélangées à d’autres espèces de mollusques de nos lacs. On devine toute la vie qui y a pulsé en observant de près ce tapis de matière organique. Qui sait, il libérera peut-être à nouveau son énergie après quelques millions d’années de sédimentation et de pressions géologiques.
Quelques créatures peuplent encore l’exposition, à l’image de cette ophiure qui ondule dans le courant comme une danseuse étoile frêle mais déterminée. Ses bras souples la rapprochent délicatement d’une échelle de secours fabriquée avec de la corde de jute et des tubes néon, ceux-là mêmes que Stéphanie Gygax avait déjà utilisés dans une précédente exposition à standard/deluxe en 2009. Continuité dans la rupture, les échelons fluorescents ouvrent une voie d’accès possible à de nouveaux horizons.